Diplômes autour des sols : Former les futurs talents d’une planète soutenable

La société se préoccupe davantage des sols. En miroir, le monde du travail attend une montée en compétences sur cette thématique. Entre les deux, les organismes de formation répondent à cette demande et intègrent les sols dans leurs parcours d’enseignement. En un ou deux ans les étudiants peuvent ainsi acquérir une vision multidimensionnelle des sols entre théorie et stage en entreprise. Voici quelques exemples de formations proposées.

Licence professionnelle à Rouen : « Un diplôme pour des métiers de terrain »

La Maison familiale rurale de Coqueréaumont et l’université de Rouen Normandie proposent une licence professionnelle « Agriculture, développement durable et environnement » (A2DE). Accessible après un Bac + 2 dans le domaine de l’agriculture ou de l’environnement (BTS, BUT, parcours universitaires), « cette formation accueille aussi des reconversions professionnelles », remarque Quentin Bordier, coordinateur de la licence A2DE. La formation, qui accueille cette année sa 5e promotion, est suivie en alternance pendant un an par contrat d’apprentissage ou de professionnalisation. « Cette formation délivre un diplôme pour des métiers de terrain », résume-t-il.
Destinée à former des cadres techniques agricoles, cette licence ambitionne de délivrer les compétences multiples propres à l’agroécologie : conservation des sols, maîtrise des itinéraires techniques durables, certifications environnementales…
Au-delà de la consolidation des prérequis, « la formation respecte un fil rouge : maîtriser la fertilité des sols et les interactions entre sols et plantes », résume le coordinateur. La formation propose l’étude des thèmes autour de la vie biologique du sol, la physiologie végétale, la conservation des sols… De nombreuses visites chez des agriculteurs et les interventions d’agronomes permettent d’illustrer les techniques agricoles innovantes respectueuses de l’environnement.
À l’issue, les trois quarts des diplômés intègrent le marché du travail en tant que conseiller en agronomie, chef de culture ou expérimentateur. Les autres poursuivent leurs études. « Ces métiers sont attractifs car ils ont du sens : nourrir les hommes et améliorer l’environnement », précise Quentin Bordier.

Université de Pau : « Répondre à l’enjeu environnemental et sociétal »

Au carrefour de deux préoccupations sociétales et environnementales, la licence « Agroécologie, agroforesterie, agriculture de conservation » vise surtout deux types de public ; Le premier : les agriculteurs. Il s’agit d’enseigner les outils qui permettent d’analyser et de conduire un système agricole en agroécologie et/ou en agroforesterie. Second public : les conseillers et les techniciens pour leur donner les capacités d’accompagner le premier public dans cette démarche. Le savoir-faire et les compétences délivrées se veulent équilibrés entre enseignement théorique et application pratique. Après avoir suivi les sept UE réparties sur deux semestres, les étudiants effectuent un stage de 15 à 30 semaines.
Pour intégrer le parcours, un seul prérequis : être titulaire d’un Bac + 2 (Deug, DUT, DEUST, BTS ou BTSA). À défaut, le candidat peut aussi présenter une validation des acquis de l’expérience. Et après ? L’obtention de la licence permet la poursuite d’études, notamment vers des masters dans le prolongement et/ou en complément des thématiques abordées dans cette licence. C’est une passerelle vers les métiers d’ingénieurs agricoles ou ingénieurs agroalimentaires.
Source : www.https://formation.univ-pau.fr/

Institut Agro Montpellier : « Deux années consacrées aux problématiques liées au sols »

« En intégrant le parcours SOL, les étudiants se spécialisent pendant deux ans aux problématiques liées aux sols », résume Armand Crabit, maître de conférences en hydrologie et coresponsable de l’option BESTE (Biodiversité, eau, sol, climat et évaluation environnementale). Outre la formation initiale, la formation est accessible en formation continue. Grâce à une validation des acquis personnels et professionnels, les étudiants peuvent intégrer directement le parcours en M2. « La formation par alternance est possible et une partie de l’enseignement se déroule alors en entreprise », précise Armand Crabit. En M1, au sein de l’une des quatre unités d’enseignement (UE), intitulée « Gestion durable des ressources naturelles », les étudiants suivent un ECUE dédié aux sols et abordent les thématiques en lien avec « la caractérisation des propriétés et fonctions du sol », « la faune du sol » et « la nutrition et le stockage des éléments dans le sol ».
En M2, l’enseignement se poursuit et s’adosse à l’option BESTE. Les apprenants suivent alors trois UE : « Caractérisation des milieux », « Le carbone dans le sol » et « Transferts dans la zone critique du sol ». Enfin, grâce à un projet tutoré de quatre à cinq semaines, les étudiants en M2 approfondissent leurs connaissances sur une thématique de leur choix. Un stage de six mois vient ensuite clore le parcours. À l’issue, les jeunes diplômés peuvent postuler comme chef de projets, responsable R&D et intégrer notamment des bureaux d’études de conseil en environnement ou s’orienter vers l’enseignement ou l’animation de réseaux.

Université Paris-Saclay/AgroParisTech : Un M2 « pour répondre aux besoins croissants de spécialistes des sols »

Le parcours M2 « Gestion des sols et services écosystémiques » est ouvert aux étudiants titulaires d’un M1 ou équivalent, en lien avec les domaines des sciences de la Terre, de l’environnement ou de l’agronomie. Les étudiants viennent des M1 de l’Université Paris-Saclay, mais aussi d’écoles d’ingénieurs et d’autres universités en France et à l’étranger. Une quinzaine d’étudiants sont formés chaque année avec deux objectifs. Le premier, leur délivrer une connaissance approfondie du sol dans ses diverses dimensions : fonctionnement physique, chimique, biologique… Le second : utiliser des outils d’analyse et de simulation adaptés à la compréhension, au diagnostic et à la prédiction du fonctionnement des sols.
« Les réglementations en vigueur, la future directive-cadre sur la protection des sols annoncée pour 2023, conduisent à un besoin croissant de compétences dans le domaine des sols », estime Joël Michelin, maître de conférences et coresponsable du master. « Et bon nombre de pédologues sont sur le chemin de la retraite », poursuit-il. Après un module de mise à niveau, huit modules sont déclinés au long de l’année parmi lesquels : écologie et biogéochimie des sols, physico-chimie des sols, transferts dans les sols, pédologie appliquée. Deux modules optionnels complètent ce bloc de connaissances. Un stage dans un laboratoire de recherche ou un bureau d’études clôt la formation avec soutenance d’un mémoire à la clé.
Si le premier débouché du parcours est la poursuite en doctorat, 60 % des étudiants s’orientent vers des bureaux d’études, sur des postes d’ingénieurs d’études ou de chargés d’affaires ou vers les structures territoriales pour encadrer des activités en lien avec le sol (services de l’État, chambres d’agriculture, collectivités territoriales…). « Une dernière part enfin s’engage dans une démarche entrepreneuriale, grâce notamment aux outils mis à disposition par AgroParisTech », précise Joël Michelin.

Renaud de Montbron, Tribune Verte n° 3005