L’ENSEIGNEMENT AGRICOLE : AUSSI EN TRANSITION

Grâce aux dix réseaux thématiques au service du projet pour la transition agro-écologique,
mis en place depuis 2008 par le ministère de l’agriculture, les établissements de formation agricole intègrent les nouvelles attentes sociétales et les évolutions des métiers dans leurs cursus.
Les schémas d’apprentissage évoluent également, pour une transition qui se veut aussi pédagogique.

Connaissez-vous les Réso’Them sur la transition agroécologique de l’enseignement agricole? Initiés dès 2008 par le ministère de l’Agriculture, ces réseaux thématiques favorisent et accompagnent les changements par la formation des futurs acteurs du monde agricole. Créés autour d’enjeux nationaux (agriculture bio, gestion de l’eau, biodiversité, énergie...) ou autour de filières (élevage, horticultures et paysages, aquaculture...), ces réseaux œuvrent, depuis 2013, au service du projet agroécologique pour la France initié par Stéphane Le Foll, alors ministre de l’Agriculture, et complété par le plan Enseigner à produire autrement. « Notre mission est d’accompagner la transition agroécologique, mais aussi la transition pédagogique, résume Régis Triollet, basé au lycée agricole Le Fresne, à Angers, et animateur du Réso’Them-Hortipaysages (dont maraîchage, arboriculture, floriculture, pépinière, PPAM, et techniques paysagères). Par sa mission, il accompagne plus de 70 établissements publics et privés. « Les métiers du végétal spécialisé sont en pleine mutation et les compétences professionnelles pour les exercer ne cessent d’évoluer. Parallèlement, les effectifs baissent dans les centres de formation horticoles, et questionnent sur l’attractivité de l’offre existante. Chacune de leur côté, écoles et entreprises doivent évoluer dans un contexte économique en tension et incertain. »

Répondre aux attentes sociétales

Principale raison des mutations des métiers du végétal : l’évolution des attentes sociétales en faveur d’une agriculture plus verte. Mais aussi l’évolution des pratiques par l’innovation, notamment l’arrivée des robots. « Les agriculteurs ne sont plus seulement producteurs mais doivent communiquer, faire le service après-vente de leurs productions », souligne Régis Triollet.

Le système éducatif a entamé lui aussi sa mue. « Après trois à cinq ans de formation, les apprenant postuleront à des postes qui pour la moitié n’existaient pas cinq ans auparavant ! Les établissements de formation ont pris conscience de ce nouveau schéma : l’apprenant devient acteur de sa formation et l’enseignant est un accompagnant qui cherche à développer les capacités d’adaptation et d’analyse de l’élève, a n qu’il puisse faire évoluer ses compétences. »

Les formations évoluent

Pour exemple, deux spécialités viennent d’être rénovées en filières hortipaysages dans le cadre de la refonte du bac pro, pour une première session d’examen en 2021. La première, Conduite de productions horticoles, s’appuie sur des systèmes de production variés pour comparer divers modes de production économiquement viables et vertueux. La seconde, Aménagements paysagers, prend désormais en compte les pré- occupations sociétales : qualité du cadre de vie, préservation de la santé publique, lutte contre le réchauffement climatique et questions environnementales.

Autre preuve du changement, près d’une cinquantaine d’établissements publics de l’enseignement agricole ont déjà reçu des soutiens financiers (fonds Casdar) pour la mise en place de projets d’animation et de développement des territoires (ADT) : verger ou potager dans l’école, activité agroforesterie, etc. Parmi la dizaine de Réso’Them, celui sur les cultures spécialisées montre un grand dynamisme, se plaçant juste après la bio, le plus en avance grâce au soutien d’un plan spécifique ambitieux, précise Régis Triollet : « Notre réseau est dynamique grâce à la forte collaboration entre ses acteurs : établissements d’enseignement publics et privés, recherche, et entreprises. »

Pour réussir la transition agroécologique, Régis Triollet conclut sur trois enjeux : « Communiquer davantage sur les réalités de l’enseignement agricole pour gagner en attractivité ; avoir des rapprochements entre le monde professionnel et l’enseignement agricole, pour travailler en réseaux ; et poursuivre le programme Enseigner à produire autrement, qui se nit en 2018, avec un nouveau projet, pour soutenir le végétal local. »

OLIVIER LÉVÊQUE, TV n° 2902