PARCOURS : « Le choix du bio ÉTAIT UNE ÉVIDENCE »

Après une expérience dans l’agriculture urbaine, Simon Ronceray s’est installé sur les terres familiales pour y créer une ferme biologique en production maraîchère diversifiée. Un choix par conviction et par goût pour les défis techniques.

Quel est votre parcours ?
Simon Ronceray : Fils d’agriculteur céréalier, également issu d’une famille maternelle de forestiers, c’est tout naturellement que j’ai construit mon parcours de formation pour exercer un métier en lien avec la nature et l’agriculture. Après un Bac scientifique, j’ai suivi une prépa BCPST (biologie, chimie, physique et sciences de la terre) avant d’intégrer l’Institut des régions chaudes de Montpellier SupAgro, d’où je suis sorti, en 2015, ingénieur agronome spécialisé dans le développement agricole et rural dans les pays du sud. Durant cette période en école d’agronomie, je me suis lancé, avec deux camarades, dans un tour d’Europe à vélo, un périple de 12 000 km à travers 18 pays à la découverte des initiatives d’agriculture urbaine. Sujet en vogue, l’agriculture urbaine était la thématique support de ce voyage. Elle a beaucoup influencé mon parcours par la suite, moi qui me destinais à faire de l’agro-développement dans les pays du Sud.
Quel est votre parcours professionnel ?
S. R.
:À la sortie de l’école d’agronomie, j’ai décroché un emploi de maraîcher urbain pédagogique au sein de Veni Verdi, une association basée à Paris dont l’objectif est de créer des jardins en milieu urbain. Ma mission a consisté à aménager un potager de 4 500 m2 au sein d’un collège, avec l’aides d’enfants et d’adultes de quartiers prioritaires, l’idée étant de sensibiliser ce public à l’agriculture et à sa vocation nourricière.
Cette expérience a été très fondatrice de par mes nombreuses responsabilités et de par la réussite du projet que j’ai pu monter de A à Z. En parallèle de cette activité, j’ai intégré l’école du Breuil, l’école d’horticulture de la ville de Paris, en tant que co-coordinateur de la spécialisation d’initiative locale en agriculture urbaine et périurbaine, une formation qui permet de spécialiser des adultes en reconversion dans les métiers de la production agricole urbaine ou péri-urbaine. J’étais chargé notamment de la création des évaluations et du programme pédagogique, du recrutement des élèves et du suivi des stagiaires. Dans le cadre de ma fonction, j’ai surtout fait évoluer cette formation vers le BPREA (brevet professionnel responsable d’entreprise agricole) qui permet d’obtenir la capacité professionnelle agricole nécessaire à l’installation d’un agriculteur et de bénéficier du parcours aidé à l’installation.
Vous prenez ensuite une autre direction...
S. R.
: J’ai beaucoup apprécié travailler dans le secteur de l’agriculture urbaine. Cette agriculture, qui consiste à cultiver des plantes et à élever des animaux à l’intérieur et aux alentours des villes, est une agriculture multifonctionnelle qui s’inscrit dans une perspective de développement durable par ses caractéristiques économiques, environnementales et sociales. Mais elle ne produit que peu de volume alimentaire, si bien qu’elle ne permet pas de consommer sa propre production. J’ai donc choisi de m’installer sur les terres familiales, dans le Loiret, pour y créer une ferme agroécologique en production maraîchère diversifiée et poules pondeuses. Depuis février 2019, avec l’aide de deux salariés ETP, j’exploite quatre hectares de légumes, fruits rouges, plantes aromatiques et fleurs à couper, en plein champ, sous abri et en agroforesterie, surface qui sera étendue fin 2021 à une cinquantaine d’hectares pour cultiver en complément des céréales. La production est écoulée pour l’essentiel dans la capitale auprès d’Amap et d’épiceries mais aussi plus localement et en vente directe à la ferme. Au quotidien, j’apprécie la diversité des tâches ( production, commercialisation, livraisons), mon indépendance, et surtout le fait de me sentir à ma place face aux enjeux sociétaux et environnementaux en produisant une alimentation saine, et en créant de l’emploi en milieu rural.
Pourquoi le choix du bio ?
S. R.
: Le choix de l’agriculture biologique était pour moi une évidence, autant par conviction que par goût pour les défis techniques. Ce mode de production qui exclut l’usage des produits chimiques de synthèse met en œuvre des pratiques élaborées basées sur la prévention qui visent principalement à préserver les équilibres naturels, la complémentarité sols-cultures-animaux, et qui s’appuient sur une approche globale de l’exploitation et de son environnement. Il exige de nombreuses compétences techniques qui m’intéressent !
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui voudraient choisir la filière bio ?
S. R.
: Je conseille de ne pas hésiter à s’engager ! La filière biologique offre de nombreux postes adaptés à tous les profils et à tous les niveaux de qualification, et propose de nombreux métiers qui font sens. Le bio est secteur d’avenir en matière d’emplois.
Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
S. R.
: Mon parcours s’est construit sur différents postes dans le secteur de la production agricole alternative, qui m’ont permis d’acquérir des compétences variées (en gestion de projet, relations humaines, connaissances des plantes....) Toutes ces compétences m’aident aujourd’hui dans mon métier de paysan.

Propos recueillis par Danielle Bodiou, cahier expert Agriculture Biologique

Crédit photo : Anne-Claire Reraud