Les femmes ont leur place dans le machinisme agricole

A 29 ans, Armelle Budnik est cheffe de produit tracteurs chez Claas. Si elle a parfois dû prouver ses compétences, elle est à présent reconnue dans ce milieu professionnel à dominante masculine.

Ingénieure diplômée d’Agrosup Dijon, vous avez choisi de vous spécialiser dans le machinisme agricole. Pourquoi ?
Armelle Budnik : En commençant mes études, je n’avais pas de projet professionnel particulier en tête. C’est à la suite d’un stage dans une exploitation agricole, au cours duquel j’ai découvert différents matériels, que j’ai décidé, pour ma dernière année de formation, de me spécialiser en machinisme. J’ai fait ce choix sans me poser de questions sur ce milieu à dominante masculine et sur ma capacité, en tant que femme, à exercer dans ce secteur. Mon objectif était de pouvoir accéder à un poste de chef produit, plutôt dans un grand groupe, notamment par rapport aux possibilités d’évolution en France et à l’international. En spécialisation machinisme, ma promotion comptait 50 % de femmes.

Aujourd’hui, quelle est votre activité ?
A. B. : Depuis 2016, je suis cheffe de produit tracteurs chez Claas, en charge de la gamme tracteurs de petite et moyenne puissance (75-140 cv). Il s’agit d’un poste multifacettes qui exige une grande polyvalence et qui a l’intérêt d’allier travail de bureau et terrain. Mon rôle est de faire l’interface entre le terrain (clients et concessionnaires) et les usines de production afin de définir les cahiers des charges des machines actuelles (amélioration des produits, développements supplémentaires…) et futures. Concrètement, je synthétise, je catégorise et je priorise les attentes d’évolution des gammes, puis j’en rends compte aux usines. En parallèle, je suis chargée de traduire l’information en provenance des usines (caractéristiques techniques des produits…) en informations et en arguments utilisés par les commerciaux. Un autre aspect du métier consiste à définir l’offre produit France pour les gammes dont je m’occupe. La veille concurrentielle, la communication et la mise en valeur des produits en relation avec les services vente, communication et promotion des ventes font également partie de mes attributions.

Vous avez donc intégré un domaine d’activité traditionnellement très masculin… Comment s’est passée votre intégration chez Claas ?
A. B. : Le service marketing produits de Claas France compte actuellement treize collaborateurs, dont deux femmes, qui sont affectées aux gammes tracteurs. À mon arrivée, alors que l’équipe était complètement masculine, je n’ai pas connu de difficultés particulières d’intégration. J’ai été très rapidement acceptée et reconnue. Je pense que la mixité a même eu un effet bénéfique, en créant plus de diversité dans les manières de travailler et d’aborder les différentes problématiques à traiter. Et avec l’arrivée d’une deuxième femme chef de produit tracteurs, la dynamique d’équipe s’est encore améliorée.

Travailler avec des hommes, qu’est-ce que cela implique ?
A. B. : Certaines situations professionnelles exigent de savoir s’imposer et de faire preuve de caractère. Si je n’ai pas rencontré de grandes difficultés à m’exprimer avec mes collègues masculins, j’ai parfois dû m’affirmer, prouver mes compétences et mes connaissances (de l’offre, du métier, de la concurrence…) auprès des équipes de terrain. Une fois ces « tests » passés, ces équipes m’ont acceptée et il n’y a pas eu de remise en question. Globalement, j’entretiens de bonnes relations avec mes collègues. Chez Claas, de nombreuses femmes exercent à des postes variés, y compris sur le terrain : inspection commerciale, support technique, commerciale ou mécanicienne en concession… De fait, la perception des femmes dans des équipes à dominante masculine est relativement bonne dans le groupe. Et d’une manière générale, cela vaut aussi pour le secteur du machinisme.

Quels conseils donneriez-vous à une jeune femme qui hésiterait à travailler dans le secteur du machinisme agricole ?
A. B. : Mon principal conseil serait de balayer les nombreux clichés sur le milieu du machinisme. Bien qu’à dominante masculine, ce secteur professionnel est très ouvert. Les femmes y ont toute leur place et sont très bien acceptées ! Il est également important de ne pas sous-estimer ses capacités dans ce milieu où règnent le plus souvent l’entraide et la bienveillance au travail. Le machinisme agricole offre de nombreux postes variés et qui exigent diverses connaissances et compétences. Il serait dommage de se fermer des portes.

Danielle BODIOU (Tribune Verte 2953)