Conduite de l’élevage : Le responsable de troupeau est loin d’être un mouton

Certains élevages font appel à des responsables de troupeaux pour déléguer la gestion du troupeau en élevage bovin, porcin ou encore caprin. Le responsable de troupeau est amené à prendre les décisions les plus rentables pour l’élevage, parfois seul ou en compagnie de son responsable.

Alimentation, conduite du troupeau, santé des animaux, commercialisation, le responsable de troupeau est le garant du bon fonctionnement de l’atelier élevage d’une exploitation. Il peut exercer son métier seul sous l’autorité du gérant de l'exploitation et peut aussi « encadrer directement des agents d’élevage ou des responsables de secteur, notamment en élevage porcin », précise l’Association nationale pour l’emploi et la formation en agriculture (Anefa).

Une méthode de travail

Organiser au mieux la conduite de l'élevage afin de tirer la meilleure efficience en matière de résultats techniques: voici la mission du responsable de troupeau. Il réalise à la fois la gestion technique de l’élevage et du personnel, dans certains cas.
« Il met en place une méthode de travail et prépare les moyens de production avant leur utilisation: saisies préalables de données informatiques, établissement du protocole de vaccinations, précise l’Anefa. Il suit l'évolution des animaux: en analysant les courbes d’alimentation, de croissance, de fertilité et en recherchant l’origine des déficiences lors de résultats insuffisants. »

Un bilan de ses actions

Le responsable de troupeau est amené à prendre, seul, certaines décisions comme celles relatives au renouvellement du troupeau, à la gestion de l’alimentation. En revanche, la plupart du temps, pour les investissements à fort impact financier, il fait appel au responsable de l’exploitation. Une ou plusieurs fois par an, il fait un bilan de ses actions puis présente les résultats technico-économiques de l’élevage à son supérieur.

Claire Lamy-Grandidier, Tribune Verte n°2973

Crédit photo : Annaelle-Astride Geneton

Franck Dudognon, formateur au CFPPA de Les Vaseix-Bellac, Haute-Vienne
« Des effectifs en hausse depuis 10 ans »
Franck Dudognon est formateur au CFPPA de Les Vaseix-Bellac en Haute-Vienne. Cet établissement est l’un des huit en France à proposer le certificat de spécialisation conduite de l’élevage ovin viande. «Cela fait 20 ans que le CFPPA propose cette formation. Au début des années 2000, la filière moutonne ne se portait pas très bien. Aujourd’hui ça va beaucoup mieux, et on remarque que depuis une dizaine d’années les effectifs sont en hausse», explique Franck Dudognon. L’année passée, quinze personnes, dix apprentis et cinq adultes ont été formés.La formation se déroule sur un an, et elle est abordée sous forme de semaine thématique. «Nous faisons chaque semaine un thème: commerce, reproduction, sanitaire, alimentaire, contention des animaux, gestion fourragère, sélection des reproducteurs et tonte des moutons, détaille le formateur. Pour chaque thématique, nous faisons intervenir des professionnels et nous faisons aussi des travaux pratiques à la ferme du lycée ou chez des éleveurs qui sont parfois d’anciens élèves.» Formés à la prise de responsabilité, de décision, au diagnostic d’entreprise et à la conduite du troupeau, les apprenants sont directement employables à la fin de la formation. «Nous avons récemment fait une petite enquête pour savoir ce que sont devenus nos élèves. Cette dernière révèle que tous ont trouvé un emploi et que 90% de nos anciens apprentis sont dans le secteur ovin», affirme Franck Dudognon.

Annaëlle-Astride Geneton, responsable de troupeau, Vienne
« Réfléchir comme un patron pour prendre les meilleures décisions »
Dans la Vienne, à Lathus-Saint-Rémy, Annaëlle-Astride Geneton est responsable de troupeau ovin viande depuis trois ans. Tout commence au lycée agricole Les Vaseix-Bellac, situé à proximité de Limoges. «Mon objectif était de devenir vétérinaire, mes résultats étant insuffisants, je me suis dirigée vers un Bac STAV, indique la responsable de troupeau. Cette formation m’a beaucoup plu, et j’ai décidé de continuer en BTS productions animales.» En BTS, elle rencontre une professeure de travaux pratiques passionnée par les moutons, ce qu’elle va lui transmettre. «J’ai fait mon stage de BTS à la ferme expérimentale du Ciirpo à côté de Limoges, et c’est au cours de ces deux ans que ma passion pour les brebis est vraiment née», se souvient Annaëlle-Astride Geneton. À la fin de son BTS, elle décide alors de continuer avec un certificat de spécialisation conduite de l’élevage ovin viande, toujours dans le même établissement.À l’issue de ce certificat, un de ses formateurs lui propose une place de responsable de troupeau pour le compte d’une propriétaire qui réside à Paris. «Le troupeau est réparti en deux lots que nous gérons de façon indépendante avec mon collègue, précise Annaëlle-Astride Geneton. Pour ma part, je m’occupe d’un lot de 650 brebis.» Pour elle, son métier n’est pas tout à fait pareil qu’un poste de salarié agricole. «Même si rien ne m’appartient, il faut réfléchir comme un patron pour prendre les décisions qui seront les plus rentables par la suite. Il faut sans cesse anticiper afin d’avoir une longueur d’avance et prendre un autre virage si le scénario n’est pas celui que l’on avait imaginé.» Ainsi, elle prend toutes les décisions qui concernent le troupeau, le planning de reproduction, les mâles reproducteurs, les stocks de fourrage ou encore les rations. «Lorsqu’il faut prendre des décisions qui ont un impact financier considérable comme un gros investissement, la construction d’un bâtiment ou encore l’achat d’un matériel, c’est mon patron qui s’en charge», indique l’éleveuse. Une situation qu’elle apprécie puisqu’elle est libre de ses choix, mène son troupeau comme bon lui semble sans avoir eu à acheter une ferme.

Danièle Enclos, chef d’exploitation, Vienne
« Davantage d’offres d’emploi que de demandes »
Annaëlle-Astride Geneton travaille pour Danièle Enclos. Elle possède un troupeau de 1500 brebis sur une surface de 200 hectares à Lathus-Saint-Rémy dans la Vienne. C’est depuis Paris qu’elle prend, avec la responsable de troupeau, certaines décisions. Au moment du départ en retraite de leur ancien ouvrier, Danièle Enclos s’est tournée vers Charles Robuchon, formateur au CFPPA de Bellac et ancien technicien en élevage, pour trouver un remplaçant. C’est ainsi que le formateur a mis en relation Annaëlle-Astride Geneton et sa patronne actuelle. Un recrutement qui a été réalisé tout naturellement, ce qui ne reflète pas forcément la situation au niveau national. «En ce moment, l’élevage ovin fonctionne plutôt bien, précise Franck Dudognon. Depuis deux ans, il y a davantage d'offres que de demandes. Souvent, les élevages cherchent un responsable de troupeau ou un second lors de la création de nouveaux ateliers d’élevage ou lorsque l’exploitant a des missions syndicales à côté.»Les recruteurs, à l’image de Danièle Enclos, recherchent des profils qui ont la tête sur les épaules et qui sont capables d’anticiper avec un côté technicien. «Pour ma part, ma patronne attend de moi une capacité à relever des défis sans avoir peur de faire quelques heures supplémentaires. Ça n’a pas toujours été le cas, mais aujourd’hui, une relation de confiance s’est instaurée entre nous», reconnaît Annaëlle-Astride Geneton. La plupart des élevages attendent du responsable de troupeau qu’il soit polyvalent et capable de s’adapter à toutes les situations. Il doit «connaître l’anatomie et le comportement des animaux et disposer d’un sens développé de l’observation, précise l’Anefa. Le responsable de troupeau doit savoir encadrer du personnel, être réactif afin de faire face aux aléas qui surviennent dans la conduite de l’élevage.» Par ailleurs, aujourd’hui, quelques compétences en informatique sont requises pour utiliser certains logiciels de conduite d’élevage.