Accompagnement relationnel : Apporter un regard extérieur

Blandine Daval-Pommier fait partie des conseillers formés à l’accompagnement du fonctionnement relationnel accrédités par l’association Gaec & Sociétés. Elle coache notamment les exploitants lors de l’entrée d’un nouvel associé dans le cadre du dispositif du droit à l’essai.

« J’accompagne depuis quinze ans les exploitants, notamment dans le cadre du droit à l’essai sur les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie, pionniers sur ce dispositif. Pour bien faire ce coaching, il faut se former : je suis titulaire d’un DU en médiation-négociation et d’autres formations en analyse transactionnelle, PNL, etc. Notre rôle est d’apporter un regard extérieur, sans a priori, bienveillant. Nous devons amener par des questions à la prise en compte de certains manquements et à réfléchir aux solutions, rassurer sur certains aspects », explique Blandine Daval-Pommier. Travailler à plusieurs, ce n’est pas facile. Au-delà des aspects techniques et économiques, il est important que les associés partagent les mêmes valeurs, le même projet. Le côté humain est essentiel. Chacun a sa façon de travailler, son tempérament. « Lors de l’installation, la face cachée de chacun, les éventuels désaccords sont souvent niés. Il faut aussi que le nouvel entrant trouve sa place. Il a envie de créer. De l’autre côté, les autres associés ont tendance à vouloir garder leur fonctionnement, à lui voir prendre exactement la place d’un associé partant en retraite. Nous abordons les notions de place, de compétences, de confiance. Mon rôle est aussi de rassurer. C’est normal qu’il y ait parfois des tensions.

Tenir compte des personnalités

Mon travail consiste à permettre de bien vivre son métier et le travail à plusieurs. Lors d’un accompagnement dans le cadre du droit à l’essai, nous effectuons 4 à 5 séances individuelles ou collectives sur un an, généralement sur les exploitations. Nous démarrons par un diagnostic de situation, en faisant le point sur les objectifs des uns et des autres, suivi de préconisations pour les atteindre. Quatre à cinq mois plus tard, on regarde ce que cela a donné, par exemple sur la prise de responsabilité. Ce sont des choses concrètes qui sont mises en place petit à petit », précise-t-elle.
Certaines personnes sont très organisées, d’autres moins ; certains exploitants ont besoin d’échanger régulièrement, d’autres sont toujours dans l’action, prennent des décisions très rapides, quand leurs collègues préféreront des temps de réflexion. « Il faut tenir compte des personnalités. Nous nous appuyons sur des questionnaires pour mettre en évidence les points forts et les points faibles d’une équipe, pour identifier éventuellement les traits de caractère qui peuvent poser problème en collectif, pour trouver le bon fonctionnement », explique Blandine Daval-Pommier. Le coaching consiste aussi à apporter des trucs et astuces pour modifier les habitudes qui peuvent gêner, et à s’assurer que les besoins de chacun soient pris en compte : en positionnant le tableau des tâches au bon endroit, en instaurant des temps de pause et d’échanges. « Nous sommes formés pour “faire parler” et analyser les difficultés rencontrées, indique-t-elle. Je pars toujours du technique pour aller au fonctionnement de l’entreprise. Par exemple, si les foins ont été ratés, cela peut être révélateur d’un dysfonctionnement dans l’organisation et le fonctionnement de l’équipe. L’accompagnement se fait sur la durée, c’est très important. Le cerveau humain préfère l’inconfort d’une situation connue à l’inconnu. C’est comme ça. Cela explique pourquoi certains fonctionnements d’exploitation perdurent sans être optimaux et que l’entrée d’un nouvel associé soit une étape cruciale. »

Emmanuelle Thomas, Tribune Verte n° 2993