« L’ingénieur agri-agro comprend les enjeux de société grâce à une vision transdisciplinaire »

Un ingénieur agri-agro ne se résume pas à une fonction, un secteur. Mélanie Duppi, responsable de l’équipe « développement professionnel et insertion » au sein de Montpellier SupAgro, nous donne son point de vue sur ce professionnel évoluant dans un univers complexe.

En 2021, qu’est-ce qu’un ingénieur agricole ou agronome ? Quelles sont ses qualités ?

Mélanie Duppi : C’est un ingénieur généraliste travaillant dans les domaines de l’agriculture, de l’alimentation et de l’environnement. Il ne se résume pas à un métier, mais il représente une multitude de métiers dans différents secteurs : l’agroalimentaire, l’environnement, les organisations professionnelles agricoles, l’agrofourniture, le commerce, le négoce viticole ou encore les services (banques…). L’ingénieur agri-agro est en mesure d’appréhender l’ensemble des facteurs techniques et socio-économiques qui l’entourent, de comprendre les enjeux de société grâce à une vision transdisciplinaire. Il peut résoudre des problèmes complexes et les gérer à différente échelles grâce, notamment, à sa capacité d’imaginer de nouvelles solutions, d’innover. Sa force réside plus particulièrement dans son aptitude à gérer l’incertitude de manière globale sachant que le monde du vivant est un monde plein d’incertitudes ! Un bon ingénieur doit aussi savoir gérer des projets, les planifier, les coordonner. Il y a tout un socle sur le fait de savoir travailler en équipe, de coopérer, d’animer. Côté qualités, il fait preuve également de curiosité, de proactivité et d’adaptation.

Comment sont préparés les étudiants ingénieurs agri-agro à atteindre ce niveau de professionnalisme ?

M. D. : La formation des ingénieurs agro repose sur une approche transdisciplinaire. À Montpellier SupAgro, par exemple, ils ont en première année un tronc commun pour avoir une vision globale (ex : agronomie, gestion de la biodiversité, marchés…). Ensuite, ils commencent à se spécialiser. Aujourd’hui, de nombreuses possibilités leur sont offertes grâce aux diverses options proposées au sein de notre école et par nos partenaires en France et à l’étranger, dans le cadre des mobilités académiques.

Je pense aussi qu’une des forces du cursus repose sur la professionnalisation. Avant leur arrivée sur le marché du travail, les étudiants ont pu mettre en œuvre les connaissances et les compétences qui leur ont été inculquées, à travers des stages, des projets d’étudiants en groupe, des projets avec des entreprises.

Les connaissances et compétences demandées à l’ingénieur agri-agro ont-elles beaucoup évolué ces dernières années. Quid de l’avenir ?

M. D. : Les cursus évoluent. À Montpellier SupAgro, par exemple, depuis cinq ou six ans, les cours en tronc commun sont suivis d’enseignements en dominantes pour se pré-orienter. À la rentrée 2022, nous allons par ailleurs ouvrir un tronc commun spécifique pour notre cursus d’ingénieur en apprentissage. S’agissant des mobilités académiques à l’international, elles sont depuis quelques années très prisées. De la même manière, les disciplines évoluent. Pour les préparer à répondre aux enjeux de société, des thématiques comme la transition agroécologique ou les nouveaux modèles d’agriculture responsables intègrent les enseignements. L’option AgroTic, née il y a de nombreuses années en partenariat avec Bordeaux Sciences Agro, a évolué vers l’agriculture numérique et de précision. Plus récemment, nous avons ouvert l’option « Data science » avec Agrocampus Ouest. La question des disciplines est importante, mais celle de l’adaptation de l’étudiant l’est tout autant. Car, justement, sur ce sujet du numérique, comme les choses évoluent très vite, il se peut que lorsque l’étudiant arrive sur le marché de l’emploi, les outils qu’il aura appris à utiliser auront évolué. Cet enjeu de l’adaptation, l’ingénieur devra le relever tout au long de sa carrière.

Caroline Even, Tribune Verte n°2975