Fruits & légumes : un secteur qui conjugue pragmatisme et innovation

Quels sont les débouchés dans le secteur des fruits et légumes ? Quelles sont les compétences recherchées par les recruteurs ? Quels seront les métiers de demain ? Autant de questions auxquelles répondent Géraldine Lebreton et Charlotte Fourmy, conseillères au sein de l’Apecita.

Quels sont les principaux débouchés qu’offre la filière fruits et légumes et à quels niveaux de diplôme sont-ils accessibles ?
Géraldine Lebreton : Le secteur offre une importante diversité de métiers accessibles à tous les niveaux de formation, du CAP agricole au diplôme d’ingénieur en passant par le Bac professionnel et le BTS, voire à des personnes sans qualification ayant un profil autodidacte. En production, la filière fait appel à des ouvriers saisonniers, qu’ils soient qualifiés ou non. En fonction de la taille de l’exploitation, il peut parfois s’avérer nécessaire qu’une personne soit en charge de l’équipe ou encore d’une culture. Certains postes, comme chef de station, technicien agréeur qualité ou conducteur de ligne, sont accessibles au sein des stations de conditionnement. La filière des fruits et légumes est complexe car les salariés doivent manipuler des produits frais et fragiles. Le technicien agréeur qualité, par exemple, est chargé de vérifier la conformité des produits. Ces postes sont accessibles à des profils plus généralistes en lien avec l’agroalimentaire. Il en existe d’autres, liés au commerce, pour lesquels les recruteurs recherchent plutôt des profils diplômés d’un Bac + 2. Enfin, le secteur de l’expérimentation recrute souvent des candidats détenteurs d’un BTS ainsi que des ingénieurs.
Charlotte Fourmy : La production fruitière et légumière étant un secteur dont les embauches se font principalement en production, les niveaux les plus appréciés vont du CAP/ BEP au BTSA, en fonction des responsabilités demandées.

Quels sont les principaux atouts de la filière ?
G. L. : En plus de proposer une grande diversité de métiers, le secteur des fruits et légumes offre de réelles perspectives d’évolution : certains salariés sans qualification ont la possibilité de gravir les échelons en interne, en étant formés sur place. Les ouvriers peuvent ainsi accéder à des postes de chef d’équipe ou de culture après plusieurs années d’expérience. La formation professionnelle leur permet également de compléter leurs champs de connaissances et de compétences. La forte concurrence émanant des pays du sud de l’Europe, comme l’Italie et l’Espagne, en matière de coûts de main-d’œuvre, contraint le secteur à se remettre sans cesse en question, à innover pour créer de nouveaux produits ou de nouvelles formes de conditionnement. Aussi, la filière porte un grand intérêt et est particulièrement sensible à la protection de l’environnement, notamment à la limitation de l’emploi des produits phytosanitaires. Ainsi, des efforts importants sont faits par chacun des acteurs du secteur afin de permettre une transition vers la lutte intégrée, la prévention des maladies par l’observation et le recours à la lutte biologique. De nombreux opérateurs proposent d’ailleurs actuellement des produits sans résidu de pesticides ou zéro phyto. Nous constatons aussi que l’agriculture biologique est en plein essor depuis quelques années : en effet, selon les derniers chiffres de l’Agence Bio, plus de 23 % des surfaces plantées de vergers sont conduites en agriculture biologique. Les surfaces en maraîchage bio sont, certes, plus faibles (7 % en 2018), mais elles sont également en plein développement.

Quelles sont les sont les compétences et les qualités recherchées par les recruteurs ?
C. F. : Travailler dans le secteur des fruits et légumes nécessite avant tout un attrait pour le travail en plein air. Cependant, la filière a surtout besoin de personnes pragmatiques et en prise avec le terrain. Dans les secteurs de la production et de la transformation, il est nécessaire d’être courageux et d’avoir une bonne forme physique. En effet, les ouvriers travaillent parfois dans des conditions difficiles, dans la chaleur, dans le froid, en plein champ comme sous serre. Les acteurs de notre filière doivent également aimer travailler en équipe, être autonomes, sensibles aux questions environnementales et dotés d’un sens de l’observation et de l’anticipation. Les productions végétales étant soumises à des aléas, il faut que les salariés soient réactifs !
G. L. : Concernant les métiers du commerce, les qualités relationnelles sont primordiales.
Le pragmatisme et la réactivité seront également appréciés, car les salariés ont affaire à des produits fragiles et périssables qui exigent une grande rigueur logistique. Enfin, pour l’expérimentation, outre les qualités d’observation, ce sont surtout des compétences liées aux connaissances en biologie qui sont recherchées.
C. F. : Nous notons également que les nouvelles technologies, telles que la mécanisation, la robotisation, la palettisation ou l’informatisation, améliorent les conditions et l’organisation du travail, mais exigent de nouvelles facultés dans la conduite et dans la maintenance d’installations automatisées. Et il n’est pas toujours évident de recruter des candidats ayant ces compétences…

Existe-t-il des métiers où les employeurs connaissent des difficultés à recruter ?
C. F. : La saisonnalité très forte de la filière entraîne un grand besoin de main-d’œuvre ponctuelle, qui n’est pas toujours facile à trouver. Sur des postes permanents en production, les recruteurs peinent aussi parfois à trouver des candidats ayant les capacités physiques ainsi que les connaissances techniques requises (chef de culture maraîchage avec expérience confirmée, par exemple). Les personnes occupant ces postes ont donc soit une formation initiale de niveau CAP/BEP – ou sont autodidactes – et ont évolué dans l’entreprise, soit un BTS ou un diplôme d’ingénieur et possèdent un bagage scientifique. Cependant, ces dernières n’étant pas toujours habituées au terrain, il est nécessaire qu’elles soient dotées d’une certaine autorité naturelle afin de piloter une équipe.

De nouveaux métiers se développent-ils ?
G. L. : Il n’existe pas vraiment de nouveaux métiers, mais plutôt une évolution de ceux déjà existants. Ceux de l’encadrement ont été les premiers à évoluer : ainsi, les chefs de culture sont sélectionnés davantage sur leurs connaissances techniques qu’auparavant.
Les métiers de la production connaissent une certaine évolution également, suite au développement de la protection intégrée des cultures. De plus en plus de paramètres (comme la qualité des produits sur les plans gustatifs et sanitaires) sont à prendre en compte sociétale. Le domaine de l’expérimentation se développe aussi afin de créer des produits qui correspondent aux attentes des consommateurs, mais aussi pour sélectionner des variétés résistantes aux maladies. Enfin, les métiers de la logistique se développent pour répondre à la demande croissante de réduction des délais d’approvisionnement.

Propos recueillis par Aude Bressolier (Cahier expert « Fruits et légumes, 2020)