L’agriculture bio : une filière créatrice d’emplois

Comment se porte le marché de l’emploi dans le secteur de l’agriculture biologique ? Référents à l’Apecita sur cette thématique, Alix Charrier et Emmanuel Oblin nous apportent leur éclairage sur la question.

Avant toute chose, pourriez- vous définir ce que l’on entend par « agriculture biologique » ?
Emmanuel Oblin : Si on s’en réfère à la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), « l’agriculture biologique est un mode de production et de transformation respectueux de l’environnement, du climat, de la biodiversité, du bien-être animal, de la santé des consommateurs, qui s’inscrit au cœur du développement durable, en faveur des générations futures. » Concrètement, le mode de production biologique est fondé sur la non-utilisation de produits chimiques de synthèse et d’OGM, le recyclage des matières organiques, la rotation des cultures et la lutte biologique. L’élevage, de type extensif, fait appel à une alimentation biologique, aux médecines douces en cas de besoin, et respecte le bien-être des animaux. Le processus de transformation est fondé sur l’utilisation d’ingrédients biologiques, sur l’emploi restreint d’additifs et d’auxiliaires de fabrication, sur la non-utilisation de traitements ionisants et sur le recours à des procédés respectueux de l’écosystème et non polluants. Tout au long de la filière, du producteur au distributeur, les pratiques sont régulièrement contrôlées par des organismes agréés, garantissant au consommateur des produits de qualité certifiée.

L’agriculture biologique semble connaître un fort développement au cours des dernières années ?
E. O. : D’après l’Agence Bio, de la production à la consommation, le développement du bio n’a jamais atteint un tel niveau. Les derniers chiffres le prouvent : entre 2011 et 2016, le nombre de producteurs bio a progressé de 40 %. Fin 2017, plus de 36 664 exploitations agricoles étaient engagées en agriculture biologique, soit 8,3 % des exploitations agricoles en France. La superficie en bio (certifiée ou en conversion) était de 1,77 million d’hectares (soit 6.5 % de la surface agricole française).
Alix Charrier : En 2017, la région Occitanie cultive près d’un hectare sur quatre engagés en bio en France et reste la première région en termes de producteurs bio en France.

Quels sont les principaux métiers de la filière et quels sont les principaux diplômes pour y arriver ?
A. C. : Ce sont les mêmes métiers qu’en agriculture conventionnelle. On peut tout aussi bien être conseiller technique en conventionnel comme en « bio », idem pour un commercial. Par contre, en termes de formations, le bio a aujourd’hui ses propres formations, véritables passeports pour trouver un emploi.

Quels sont les principaux atouts de cette filière en termes de métiers ?
E. O. : Il s’agit véritablement d’une filière en plein développement, ne connaissant pas la crise telle qu’elle est dans d’autres filières conventionnelles, la viande porcine ou le lait notamment. La preuve est que les producteurs bio sont très souvent des agriculteurs heureux ! Il est ainsi rarissime qu’un producteur bio par exemple retourne vers le conventionnel, ou alors c’est parce qu’il ne partageait pas fondamentalement les valeurs du bio et n’était pas prêt à changer ses techniques. Il y a peut-être encore un frein à cette filière : les finances qui n’ont pas l’envergure de ce que peut avoir l’agriculture conventionnelle.
A. C. : Le principal atout de la filière, ce sont aussi les valeurs qu’elle véhicule ; des valeurs de préservation de l’environnement, de la santé, des générations futures qui sont très attractives. C’est aussi une filière créatrice d’emplois. L’Agence Bio annonce ainsi le chiffre de 118 000 emplois directs en équivalent temps plein à fin 2016, soit 32 500 emplois gagnés en seulement quatre ans.

Quelles sont les qualités et les compétences qui peuvent « séduire » les recruteurs ?
A. C. : Les mêmes qu’ailleurs ! Tout en partageant ces valeurs que porte l’agriculture bio. Il faut avoir une certaine fibre « écologique », un désir prononcé de préservation de l’environnement et le souhait d’une agriculture productrice de produits plus sains, pour les consommateurs d’aujourd’hui et de demain. Et puis, il faut bien sûr être ouvert d’esprit, notamment sur de nouvelles techniques, souvent plus complexes, d’ailleurs.

Existe-t-il des métiers dits « en tension » où les employeurs connaissent des difficultés à recruter ?
A. C. : Les postes de commerciaux, indubitablement ! Mais comme en conventionnel. Ces postes ont toujours eu une mauvaise image. On ne voit que le mot « commercial ». C’est bien dommage car il y a beaucoup d’idées reçues. Autres métiers « en tension » : les « petits » postes ouvriers, de manutention ou de répétition de tâches. En bio ou en conventionnel : ce type de métier reste le même et attire peu de prétendants.

Voit-on se développer de nouveaux métiers, des métiers d’avenir ?
E. O. : Pas vraiment, là encore. On diffère peu du conventionnel. La grosse différence et il faut insister là-dessus, c’est d’une part, les valeurs comme nous l’avons déjà dit, et d’autre part, la technique. L’agriculture non conventionnelle se base sur des techniques bien différentes, avec un profond retour à l’agronomie. Mais ce n’est certainement pas une agriculture « passéiste ». Si on assiste à un juste retour de l’agronomie, on profite aussi de toutes les nouvelles technologies. Mais à partir du moment où on se préoccupe davantage du vivant, la technique ne peut plus se résumer à des recettes toutes faites. Il y a plus de complexité, ce qui fait la richesse de ces nouvelles formes de production. Le conseil s’en trouve bouleversé.
A. C. : J’ajouterais quand même qu’un « nouveau » métier est apparu avec le développement de l’agriculture biologique : la certification et le contrôle. C’est d’ailleurs aussi un métier « en tension » car il véhicule lui aussi, une mauvaise image. Heureusement, depuis quinze ans que ce type de métier existe, il est, d’une manière générale, mieux compris et mieux informé.

Quels emplois dans la filière bio ?
Selon les derniers chiffres de l’Agence Bio, la filière bio, ce sont 118 000 emplois directs (avec une croissance annuelle moyenne de + 8,4 % par an depuis quatre ans) dont :
77 700 emplois directs dans les fermes en équivalent temps complet
12 800 emplois directs en équivalent temps complet pour la transformation de produits bio (y compris alimentation animale et boulangerie)
1 600 emplois directs en équivalent temps plein pour la distribution au stade de gros
23 800 emplois directs en équivalent temps plein pour la vente au détail de produits bio Plus de 2 000 emplois dans les activités de services : conseil, recherche et formation, développement, services administratifs et contrôles spécifiques à la bio

 

Propos recueillis par Aude Bressolier (Cahier expert « Agriculture biologique », 2018)