RESSOURCES DE LA NATURE (RDN) : « NOS ACTIVITÉS SONT MÉCONNUES PAR LES DIPLÔMÉS »

Fadéla Benabadji dirige l’agence RDN (Ressources de la Nature) depuis neuf ans. Une agence de relation presse spécialisée dans les secteurs de l’agriculture, de l’agroalimentaire, de l’environnement, de l’énergie et de la forêt. Son métier est exigeant, et souvent méconnu. Trouver les profils types et fidéliser les salariés sont pourtant de véritables défis.

 

Pourriez-vous nous relater, en quelques mots, l’histoire de votre entreprise?


Fadéla Benabadji : L’aventure commence en 2010, lorsque le dirigeant de l’agence Fargo me demande de créer un département agricole. De formation journaliste, j’ai œuvré plus de quinze ans dans la presse professionnelle agricole. De ce fait, la suite s’est construite assez logiquement, avec le postulat suivant : il n’y a pas de communication réussie sans une stratégie de contenu, sans une connaissance parfaite des médias et des enjeux sectoriels de ses clients. Je me suis naturellement entourée de compétences agricoles (ingénieurs agri et agro) a n qu’ils apportent une vraie compétence sur les sujets traités. La maîtrise du secteur pour lequel nous travaillons est un aspect essentiel selon moi, plus important encore que la partie communication. Pour cette deuxième casquette, je leur apprends en six mois les bases : comment rédiger un communiqué de presse, un dossier de presse, etc. Nous sommes présents au sein d’un secteur très concurrentiel : pour répondre à mes clients, j’ai besoin de collaborateurs possédant l’expertise technique des sujets.

En quoi consiste exactement le métier de la communication et des relations presse ?

F. B. : C’est un métier qui exige beaucoup de polyvalence. Toutefois, le cœur même du métier est de mettre en relation le client et le journaliste, qu’il provienne de la presse professionnelle ou de la presse généraliste. Il faut tout mettre en œuvre pour que le journaliste parle du client, mais, in ne, seul le journaliste décide. Nous sommes là pour créer du lien. Nous avons la capacité d’identifier les différents sujets et les angles qui vont attirer l’attention des différents types de presse. Il faut donc être pédagogue et savoir vulgariser les contenus pour les publics non-initiés. Ce métier, c’est aussi l’accompagnement de nos clients dans la construction de leur stratégie de communication. Il faut être force de proposition et original sur la manière dont les sujets sont traités. J’ai toujours le journalisme chevillé au corps : lorsque j’évoque le fait qu’il faut être force de proposition, je rappelle qu’il faut convaincre le client de la pertinence du message, qu’il ne s’agit pas de faire de la publicité pour faire de la publicité. Il faut apporter des éléments d’information pertinents. Malheureusement, encore trop peu d’entreprises en saisissent l’intérêt. En n, nous avons un métier à 360° puisque nous organisons de l’événementiel et nous prenons en main la gestion de crise, quand cela est nécessaire. Notre métier s’avère multifonction. De nombreuses entreprises imaginent pouvoir gérer toutes ces facettes en interne, or, nous apportons un regard et un éclairage extérieurs. Ça fait toute la différence, puisque, souvent, le responsable communication et relations presse se trouve happé par les autres aspects stratégiques de la vie de son entreprise. Nous sommes conscients que la communication « passe » après les autres services. Faire la démarche de s’adresser à une agence de relations presse, c’est avoir la certitude qu’une personne sera dévouée à cette seule et unique mission.

Quelles sont les qualités recherchées et exigées pour évoluer dans votre agence ?

F. B. : Au-delà du profil technique de fin connaisseur du monde dans lequel nous travaillions, il faut bien évidemment apprécier et savoir écrire, aimer communiquer et faire preuve de curiosité Aussi, en 2019, il est évident qu’il est nécessaire d’être familier avec les outils digitaux, et les réseaux sociaux. Face à la quantité de mails que nous recevons, notre communication doit être originale. Il faut savoir se démarquer pour être sûr que notre information sera lue. C’est un vrai défi.

Quelle est votre expérience en matière de recrutement sur ce type de métier ?


F. B. : Au début, j’ai travaillé avec des stagiaires, mais cela n’était pas adapté pour le suivi des clients de façon pérenne. De ce fait, comme je le mentionnais précédemment, je me suis orientée vers des profils ingénieur agri et agro avec l’intention de créer systématiquement un emploi. J’imaginais alors recevoir des profils de candidats en recherche d’emploi. Ce n’est jamais arrivé ! Le secteur d’activité dans lequel nous travaillons, l’agriculture principalement, ne comporte que très peu de chômage. Les profils recrutés étaient plutôt des jeunes diplômés ou en poste. La plus grande difficulté à laquelle nous sommes confrontés est la méconnaissance de nos métiers auprès des jeunes ingénieurs agri et agro. On ne cesse de dire que l’agriculture a besoin de communiquer, mais ce n’est pas une dimension abordée dans les formations initiales. Alors, dans la réalité, lorsque je recrute, je ne reçois que très peu de profils adaptés. La seconde difficulté rencontrée depuis quelque temps, c’est la pérennisation des postes. Certes, nous avons un métier exigeant, mais il est passionnant, et pourtant les jeunes profils ne restent pas.

Est-ce un problème de politique salariale ?

F. B. : Nous sommes une petite agence, nous ne pouvons pas tout nous permettre. Cependant, nous avons des niveaux de salaires tout à fait corrects pour des débutants, entre 28 et 35 K€ en fixe, auxquels s’ajoutent des primes, une participation et un plan épargne entreprise. Comme je le précisais en préambule, nous souffrons de la concurrence des métiers de la communication de certaines organisations professionnelles, ou interprofessions, qui ont des niveaux de rémunération bien supérieurs. J’ai déjà reçu des profils de candidats de moins de trente ans avec peu d’expérience, et qui demandent pourtant 45 K€. Je pense aussi que le turn-over vient de l’exigence de notre métier en agence : la pression est réelle. Surtout, les jeunes issus des formations agri et agro peuvent regretter de ne pas avoir beau- coup de contacts avec les agriculteurs et le terrain. Forte de ce constat, j’évolue aussi sur mes exigences de recrutement, je m’ouvre à des niveaux BTS agri et agro. Récemment, j’ai même recruté une jeune femme de formation d’attachée de presse mais dont les parents sont agriculteurs.

Quels types de réseaux utilisez-vous pour vos recrutements ?


F. B. : Au début, je travaillais avec l’Apec (Association pour l’emploi des cadres), mais je me suis rendu compte que je recevais des profils hors cadre, loin de mes attentes. C’est assez naturellement que je me suis tournée vers l’Apecita, qui correspond tout à fait à notre secteur d’activité et au profil de formation recherché. L’Apecita et Tribune Verte sont un réflexe pour les jeunes étudiants dans le monde agricole. Sinon, nous avons nos propres réseaux, comme l’Afja (Association française des journalistes agricoles), les écoles agri et agro, et pour finir les réseaux sociaux. Alors, si vous êtes passionnés par l’agriculture et attirés par les métiers de la communication et des relations presse, n’hésitez pas à nous contacter sur notre site Internet www.agence-rdn.com

Propos recueillis par Hélène Sauvage, TV n°2905