QUELS SONT LES MÉTIERS QUI RECRUTENT DANS LE SECTEUR DE L'EAU ?

Selon les chiffres du ministère du Travail, les entreprises du secteur de l'eau ont de plus en plus de mal à recruter. Pourquoi ? Quels sont les métiers recherchés ? Réponses.

Méconnus et de plus en plus exigeants en termes de compétences, les métiers de l'eau peinent à recruter. Jusque-là, rien de nouveau. Sauf que ces métiers sont en train de changer, ce qui creuse davantage le manque de profils adaptés dans le secteur.

500 postes manquants par an

Les derniers chiffres du ministère du Travail sur les emplois vacants en témoignent : le nombre de postes qui ne trouvent pas preneur dans le secteur global de l'eau et des déchets est passé de 222 en 2003 à 721 au 1er trimestre 2019, puis à 982 au 2e trimestre. Dans le secteur de l'eau spécifiquement, il y aurait 500 postes manquants par an sur les métiers en tension, selon une autre étude, de la fédération professionnelle des entreprises de l'Eau (FP2E).

Les métiers de la programmation et de l'ingénierie recrutent

Ces métiers concernent deux familles de métiers. D'une part, les métiers en lien avec la programmation, impactés par la digitalisation du secteur : programmateurs d'automates, électrotechniciens, électromécaniciens, mainteneurs, nouveaux métiers digitaux, ordonnanceurs de travaux ou de maintenance. D'autre part, les métiers de l'ingénierie, touchés par l'avènement des solutions alimentées par le big data, avec des besoins importants aussi bien pour le secteur privé que public.

30 emplois vacants en permanence chez Altereo

"Nous avons constamment 30 postes ouverts", indique Paul-Henri Roux, directeur des ressources humaines et de la communication du groupe d'ingénierie Altereo (170 salariés). Le groupe cherche à recruter des ingénieurs en hydraulique urbaine et des techniciens spécialisés dotés d'environ 5 ans d'expérience. Mais les profils sont rares.

Un manque de jeunes formés ?

"Les écoles ne forment pas assez à ces spécialités et ces métiers ne sont pas ceux qui attirent le plus les jeunes", constate le DRH. Outre ce manque de profils, Altereo souffre d'un turnover de 20 %, une moyenne dans le secteur. La concurrence (salaires, conditions de travail) avec le service public est rude, depuis que les collectivités recrutent des ingénieurs pour répondre au renforcement des compétences prévu par la loi NOTRe. Enfin, Paul-Henri Roux souligne des difficultés administratives à recruter des candidats étrangers qui pourraient, pourtant, répondre aux besoins de l'entreprise.

Les entreprises du secteur de l'eau peinent de plus en plus à recruter

Selon les chiffres du ministère du Travail publiés le 20 août 2019, le taux d'emplois vacants dans la "production et distribution d'eau, de l'assainissement, de la gestion des déchets et de la dépollution" est passé de 0,29 en 2014 à 0,51 début 2019, puis à 0,69 au 2e trimestre de cette année. Le nombre d'emplois vacants est ainsi passé de 222 en 2003 (2e trimestre) à 721 au 1er trimestre 2019, puis à 982 au 2e trimestre 2019 dans l'ensemble de ces métiers. "Ces chiffres agglomèrent l'eau, l'assainissement et les déchets, ils ne prennent pas en compte les emplois publics ni les activités des canalisateurs, ils ne représentent donc pas les chiffres de l'emploi de notre Filière Eau", précise David Colon, délégué permanent au comité stratégique de la Filière Eau. Pour avoir une idée plus précise de l'emploi dans l'Eau, il faudra patienter jusqu'à la publication de l'étude Emploi-Compétence (EDEC), prévue début 2020.

Elodie Buzaud, Emploi-Environnement.