L'Etat veut faire le tri dans les bachelors des grandes écoles

Certaines formations post-bac pourraient obtenir la reconnaissance de l'Etat, à condition de répondre à des critères précis. Les universités pourraient rebaptiser leurs licences en bachelors.

La Conférence des grandes écoles (CGE) pourrait obtenir ce qu'elle réclame depuis plusieurs années : que l'Etat fasse le tri parmi les formations post-bac en trois ou quatre ans, appelées "bachelors". Ils fleurissent partout, mais tous ne sont pas de même niveau. La CGE réclame un label, celui du grade de licence. Il serait attribué à certaines formations, selon des critères précis de qualité.

Pour les écoles de management, les bachelors accrédités par des organismes internationaux reconnus pourraient ainsi bénéficier du précieux label. Cela éviterait aussi à l'Etat de devoir le délivrer au coup par coup, comme il l'a fait pour Sciences po et Polytechnique.

Aujourd'hui, sans ce grade de licence, il est difficile pour un étudiant détenteur d'un bachelor de poursuivre en master. La question se pose avec encore plus d'acuité pour les étudiants étrangers, déplore la CGE. Cette dernière voit, dans le label du grade licence, un élément d'attractivité internationale et d'insertion professionnelle à bac+3.

Une mission

Le ministère de l'Enseignement supérieur a informé la conférence des présidents d'université (CPU), en décembre dernier, de son intention d'octroyer le grade de licence à certains bachelors. Il a lancé une mission, coprésidée par l'ex-président de Polytechnique, Jacques Biot, et le président de l'université de Grenoble-Alpes, Patrick Lévy, dont les conclusions sont imminentes. Une période de concertation devrait s'ouvrir. Mais, selon nos informations, la philosophie est claire : proposer un cahier des charges indiquant que tel bachelor bénéficie du grade de licence, et non tel autre.

Les universités continueront à délivrer le diplôme national de licence et certaines écoles distribueront des diplômes d'établissement avec reconnaissance du grade de licence.

Les formations de bachelors, très attractives pour les bacheliers, "se révèlent très hétérogènes et se développent sans aucun regard de l'Etat", avait regretté la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, en décembre. Au sein de la CGE, 48 écoles, dont 34 écoles de management, proposent des bachelors. Certaines connaissent une croissance à deux chiffres. "C'est vraiment une lame de fond", selon la présidente de la CGE, Anne-Lucie Wack.

"Rendre les choses plus internationales"

Longtemps réticentes, les universités y voient un intérêt. Elles pourraient s'approprier le bachelor pour renommer certaines de leurs formations. "Il ne faudrait pas faire croire qu'il y a, d'un côté, des bachelors qui sont des formations internationales, et de l'autre des licences purement nationales qui ne servent à rien", affirmait en janvier Gilles Roussel, à la tête de la Conférence des présidents d'université (CPU).
Les universités proposent d'ailleurs déjà des bachelors payants qui s'appellent "DU" (diplômes d'université). Le terme de "licence" pourrait-il tomber en désuétude comme autrefois celui de la "maîtrise" ? "C'est peut-être une façon de rendre les choses plus internationales", rétorque Gilles Roussel. Et une manière de concurrencer les écoles sur ce qui était jusqu'ici leur chasse gardée.

Par Marie-Christine Corbier - Les Echos START