Les métiers de la recherche et du développement

Chercheur, ingénieur de recherche, technicien d’expérimentation… Le secteur de la recherche et du développement offre des nombreuses opportunités pour les diplômés de l’enseignement supérieur. Anne-Claire Lefloch, chargée de mission à l’Apecita, nous propose un panorama de l’offre de formations dans ce secteur.

Le secteur de la recherche et du développement offre des opportunités d’emploi variées qui ne se limitent pas au poste de chercheur. En effet, il ne faut pas oublier d’autres métiers tout aussi importants comme ceux d’ingénieur de recherche, de technicien de recherche ou d’expérimentation, d’assistant ingénieur, ainsi que les postes plus en lien avec les missions de production, dans les centres d’expérimentation ou les instituts techniques. Ces structures mènent leurs recherches dans des conditions proches de celles d’une exploitation agricole ou d’une industrie et font donc appel à des personnes pour pratiquer les interventions courantes selon des protocoles établis et une thématique définie. Les postes sont alors souvent ouverts aux personnes titulaires d’un CAP, d’un
BEP ou d’un Bac professionnel. Pour les postes de technicien d’expérimentation, les titulaires de BTSA restent très prisés par les entreprises. Plus généralement, sur le marché de l‘emploi, il est à noter que le développement de l’offre de formations en licences professionnelles, et les spécialisations qu’elles proposent, représente une véritable concurrence pour les diplômés d’un Bac + 2. Pour les métiers offrant des missions d’encadrement, les ingénieurs ou les titulaires d’un master seront les plus demandés. Il est important de préciser que les recruteurs ne recherchent pas forcément des profils spécialisés dans la recherche et dans l’expérimentation, mais plutôt des personnes ayant des connaissances et des compétences en lien avec la filière étudiée (élevage, grandes cultures, arboriculture…), faisant également preuve de rigueur et de méticulosité pour respecter les protocoles mis en place par les chercheurs.

L’indispensable doctorat pour le secteur public
Concernant les postes à responsabilité dans le secteur de la recherche et le développement, si un diplôme d’ingénieur peut parfois être suffisant dans le secteur privé, les postes de chercheurs dans les organismes publics ne s’adressent qu’aux titulaires d’un doctorat. Pour se lancer dans ce cursus, la première condition est d’avoir obtenu (ou d’être en cours d’obtention) d’un diplôme de grade master, et de justifier sa capacité à mener des recherches dans le cadre de son mémoire de master. On pense souvent que seul un cursus universitaire peut mener au doctorat. Or, les ingénieurs peuvent également poursuivre par une thèse sous plusieurs conditions : ils doivent non seulement avoir obtenu un crédit ECTS suffisant pour l’inscription à l’école doctorale, mais surtout justifier d’un parcours de formation orienté vers le monde de la recherche. Le choix des stages durant la formation d’ingénieurs est donc très important. Cependant, le diplôme de grade master ne fait pas tout ! Il est également nécessaire de définir un sujet original de thèse, puis de trouver un laboratoire ainsi qu’un maître de thèse qui accepte de suivre les travaux, et éventuellement une entreprise qui souhaite les cofinancer. L’inscription en première année de doctorat est prononcée par le chef d’établissement sur proposition du directeur de l’école doctorale, après avis du directeur de thèse et du directeur de l’unité ou de l’équipe de recherche sur la qualité du projet et sur les conditions de sa réalisation. Il est à noter qu’en l’absence d’un diplôme conférant le grade de master, le chef d’établissement peut, par dérogation et sur proposition du conseil de l’école doctorale, inscrire en doctorat des personnes ayant effectué des études d’un niveau équivalent ou bénéficiant de la validation des acquis de l’expérience. Ce n’est qu’au bout de trois années de recherche et suite à la soutenance de sa thèse que le doctorant accédera au grade de docteur. Il pourra alors, s’il le souhaite, passer le concours de maître de conférences dans une université afin d’accéder à un poste d’enseignant-chercheur.

PARCOURS
Tous les chemins mènent à la R&D

Après des études courtes ou longues, dans une filière scientifique ou non, ou suite à une expérience dans un tout autre domaine professionnel, le secteur de la recherche et développement est accessible à tous. Zoom sur quatre personnes qui se sont frayé un chemin jusqu’à la R & D et ses multiples métiers.

Propos recueillis par Danielle Bodiou

RÉMI PRADELLES, DIRECTEUR DE L’INNOVATION, MICROPHYT
« Mon métier revêt plusieurs aspects »

« Après un Bac S et une classe préparatoire en biologie, physique, chimie et sciences de la terre (BCPST), j’ai intégré l’école supérieure d’ingénieurs de Luminy (Polytech Marseille) et son département génie biologique/microbiologie appliquée. En 2006, j’ai poursuivi mon cursus à l’université de Bourgogne par un doctorat en microbiologie/biologie, dans le cadre du dispositif Cifre (convention industrielle de formation par la recherche). En partenariat avec une entreprise privée, j’étudiais notamment les interactions entre les parois de levures et les molécules qui peuvent donner un mauvais profil aromatique au vin, et la façon d’utiliser les parois de levures comme absorbant naturel de ces molécules, et ce, afin de rendre le vin apte à la consommation d’un point vue organoleptique. Trois ans après l’obtention de mon diplôme, j’ai été embauché en tant que responsable R&D au sein de Microphyt. Cette jeune entreprise basée à Baillargues (34) développe, produit et commercialise des ingrédients actifs naturels issus de microalgues destinés aux laboratoires de compléments alimentaires et aux marques cosmétiques. Mon métier revêt plusieurs aspects : il consiste à optimiser la façon de produire des biomasses de microalgues à l’échelle laboratoire, pilote et industrielle, afin de fournir un process book à l’équipe de production, et à étudier la manière d’extraire les composés d’intérêt au sein de cette biomasse. Ma mission est aussi de tester les extraits sous l’angle de modèle biologique en phase préclinique, afin d’évaluer leur efficacité. En 2020, suite à l’élargissement de l’équipe de recherche, mon poste a évolué vers celui de directeur de l’innovation. À présent, je focalise mes efforts sur le développement de produits et sur la transmission du savoir-faire aux nouveaux collaborateurs.
Dans ce métier, qui me correspond parfaitement, j’apprécie de travailler dans des domaines variés – la cosmétique, la nutraceutique, de pouvoir balayer de façon transversale différentes approches comme le génie des procédés, la microbiologie, la biologie… Le plus stimulant étant d’arriver, à partir d’une matière première, à mettre un produit sur le marché. C’est un métier qui exige de la rigueur, de la précision, de la planification, et qui ne doit pas être exercé au détriment d’une certaine agilité. Mon ambition est de voir Microphyt se développer et multiplier son portefeuille produits dans les années à venir. »

XAVIER RIBEYROLLES, CHARGÉ D’ESSAIS, INRAE
« J’ai pu gravir de nombreux échelons »

« Très jeune, j’ai voulu me professionnaliser. Attiré par la mécanique, je suis parti en alternance chez un garagiste pour obtenir un CAP. Après une affectation en qualité de mécanicien durant mon service militaire, j’ai intégré en 1990 le Centre d’études du machinisme agricole du génie rural des eaux et forêts (Cemagref) en tant que réparateur automobile. J’y effectuais l’entretien du parc de véhicules de service. Au vu de mon expérience et de mes compétences en mécanique, le centre d’études, qui construisait des prototypes de machines agricoles, m’a très vite proposé d’intégrer la division de recherche génie des équipements agricoles et forestiers en tant que mécanicien. Puis, lorsque le Cemagref et devenu l’Irstea(1), et après avoir suivi plusieurs formations et passé les concours internes, je suis devenu chargé d’essais, métier que j’exerce désormais à l’Inrae(2). Au sein de l’équipe procédés, environnement, pesticides, santé de l’UMR Itap (travaux de recherche dans le domaine de la dispersion des pesticides lors des applications), mon métier consiste à faire évoluer et à développer de nouvelles technologies pour l’agriculture, et à réaliser, sur le terrain ou en laboratoire, des essais sur la pulvérisation agricole ainsi que d’autres projets d’études. Aujourd’hui, j’ai la responsabilité d’un laboratoire et d’une halle technique. Avec l’IFV(3), je réalise une évaluation des pulvérisateurs viticoles en France, pour une classification et une réduction des intrants phytosanitaires. Ce métier de recherche, qui suppose de suivre des protocoles et des cahiers de laboratoire, exige de la rigueur, de la précision ainsi que de la concentration.
Ces trente dernières années, j’ai pu gravir de nombreux échelons, du statut d’agent technique à celui d’adjoint technique, de technicien classe normale à technicien supérieur, et enfin d’assistant ingénieur. Aujourd’hui, à cinquante ans, je reste passionné de mécanique et de développement. Aussi, je souhaite poursuivre dans cette activité de recherche qui m’a permis de participer à la conception de nombreux prototypes de matériels agricoles (machine à vendanger, moissonneuse-batteuse…) et de créer une vigne artificielle unique au monde (Evasprayviti). Cette innovation, dont je suis fier d’être l’inventeur, a reçu plusieurs prix. Ces récompenses sont source de motivation et me permettront de continuer d’avancer, car je souhaite devenir ingénieur d’études dans ce centre de recherche avant la fin de ma carrière. »
(1) Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture.
(2) Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement issu de la fusion de l’Irstea avec l’Inra.
(3) Institut français du vin.

CLAIRE GUILLERMET, INGÉNIEURE DE RECHERCHE, CIRAD
« J’apprécie le lien de proximité avec les partenaires de production »

« Mon parcours de formation a débuté par un DUT génie biologique option agronomie que j’ai obtenu en 2006 à l’IUT d’Angers. Puis, après avoir passé le concours d’entrée aux écoles nationales d’agronomie, j’ai intégré Montpellier SupAgro d’où je suis sortie en 2010 ingénieure spécialisée en agronomie tropicale. Les différents stages effectués au cours de cette formation m’ont fait voyager dans de nombreux pays, où j’ai pu découvrir notamment la culture de la banane. C’est au Cirad, organisme français de recherche qui m’a accueilli durant cette période, que j’ai décroché un poste de volontaire international en entreprise, en République dominicaine. Pendant deux ans, j’y ai travaillé sur la thématique de la cercosporiose noire, maladie foliaire du bananier. Le centre m’a ensuite proposé un poste d’ingénieur de recherche à la Martinique, que j’occupe encore aujourd’hui. Dans ce métier, que j’exerce au sein de l’unité de recherche Geco, je suis chargée de mener des expérimentations afin d’améliorer les méthodes actuelles de gestion de cette maladie du bananier. Mes missions consistent à réaliser des essais (avec l’appui de chercheurs extérieurs) afin de mieux comprendre les pathogènes et leurs effets sur le bananier, et d’améliorer les stratégies de lutte contre la maladie. J’ai par ailleurs la responsabilité de deux techniciens de recherche.
Dans ce métier de chercheur, qui requiert de l’organisation, de la rigueur, ainsi que des compétences en communication, j’apprécie avant tout le lien de proximité avec les partenaires de production, certaines expérimentations étant réalisées chez des planteurs. J’aime aussi comprendre comment la nature réagit à nos interventions. Et je ne finis jamais d’apprendre ! La découverte et les questionnements sont permanents, ce qui est particulièrement stimulant. Mon souhait est de poursuivre cette activité au sein du Cirad, si possible sur cette même thématique de recherche. »

STACY BOURRELY, TECHNICIENNE D’EXPÉRIMENTATION/PILOTE DE DRONE, ARVALIS
« Mon métier est passionnant ! »

« Après mon Bac S, je me suis dirigée vers des études de médecine, mais deux ans plus tard, j’ai finalement décidé de m’orienter vers un métier me permettant d’allier bureau et terrain, en lien avec la nature. Je me suis alors orientée vers un BTS agronomie productions végétales (APV). Ce diplôme en poche, j’ai décidé de poursuivre par une licence pro ABCD (agriculture biologique) en alternance. En novembre 2017, trois mois après la fin de mon contrat d’apprentissage, j’ai obtenu un poste au sein de l’organisme Arvalis-Institut du végétal, en qualité de technicienne d’expérimentation. Employée sur la station expérimentale de Pusignan, près de Lyon, je m’occupe, au sein d’une équipe de quatre techniciens, de la mise en place d’essais (conduite des essais, récolte, transmission des données brutes) dans de nombreux domaines : variétés, conduite de culture, fertilisation, désherbage… L’objectif est d’obtenir des données utiles aux agriculteurs. Une autre partie de mon métier consiste à valoriser les résultats d’expérimentation en participant à des événements de formation et de promotion. Depuis peu, je suis également pilote de drone. En effet, je fais partie des techniciens qui ont pu passer le brevet, sur proposition d’Arvalis. Sans aucune expérience ou prédisposition au pilotage, cette offre de formation était pour moi un beau challenge et une occasion de me spécialiser dans ce domaine. J’ai ainsi réalisé ma première campagne d’acquisition photo par drone, au service de l’expérimentation. Cette prestation remplace un grand nombre de manipulations et de notations réalisées visuellement et à pied, et offre un réel gain de temps pour acquérir l’information souhaitée. Mon métier est passionnant ! Il répond entièrement à mes attentes dans le sens où il me permet de passer du bureau au terrain. Il est très diversifié dans les essais et dans les tâches. Je réalise des notations, des prélèvements, des semis, de la préparation de semences, du pilotage de drone. Je suis aussi amenée à conduire des engins agricoles et à intervenir sur le matériel. Mon poste offre également une grande autonomie dans l’organisation de mon travail. En revanche, la conduite d’essais exige une rigueur dans le suivi des protocoles d’essais et des modes opératoires (règles de manipulation), car le moindre écart se retrouve dans les résultats de récolte, mais je m’épanouis dans ce travail. J’ai le sentiment d’apprendre énormément de choses. En plus, des possibilités d’évolution sont envisageables au sein de l’entreprise dans laquelle j’exerce. »

Source : Cahier expert « Les métiers de la recherche et du développement, 2020 »
Crédit photo : MICHAEL SAPRYHIN / ADOBE STOCK