LE SECTEUR DE LA MÉTHANISATION : SE FORMER AVANT DE SE LANCER

Francis Claudepierre, Président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF).

En quinze ans, le secteur de la méthanisation a beaucoup évolué, autant du point de vue technique que réglementaire. Des formations certifiantes sont proposées par plusieurs établissements agricoles.

Pouvez-vous nous présenter l’AAMF ?


Francis Claudepierre : L’association a été créée en 2010 pour dé- fendre les intérêts des agriculteurs et faire exister la méthanisation agricole en France. Nous agissons pour que la valeur ajoutée de la méthanisation revienne aux agriculteurs. Cela reste un des fondements de l’AAMF. Notre rôle est également d’accompagner les porteurs de projet qui peuvent se sentir isolés sur le territoire et d’échanger en- semble. De ce partage est d’ailleurs née l’évolution que l’on constate. En quinze ans, les choses ont beaucoup changé sur les aspects technologiques, mais aussi sur les plans réglementaires et tarifaires. Au départ, nous étions une vingtaine d’adhérents au sein de l’association. Aujourd’hui, nous sommes 270. La règle de base, c’est d’être agriculteur ou que l’installation soit majoritairement la propriété d’agriculteurs. La plupart des méthaniseurs sont présents dans les zones d’élevage, notamment dans le Grand-Est et en Bretagne, mais la méthanisation se développe aussi avec des matières premières végétales.

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est la méthanisation ?


F. C. : C’est un procédé qui consiste à mettre à l’intérieur d’une fosse étanche de la biomasse, plutôt liquide, à une température d’au moins 37 °C. Avec la fermentation anaérobie, un biogaz composé à 55 % de méthane se dégage. Ce composé en l’état n’est pas stockable. Le but est de le transformer, notamment par cogénération, en électricité et en chaleur. Depuis quelques années, il peut également subir une purification. De leur côté, les matières premières rentrées dans le méthaniseur ressortent sous forme de compost liquide (digestat), qui va être épandu dans les champs comme un engrais.

Sur quels types de projets travaille actuellement l’AAMF ?


F. C. : L’AAMF a une mission de veille technologique auprès de ses adhérents. Nous suivons les innovations mises en place dans d’autres pays. En ce moment, les avancées portent davantage sur les procédés comme le bioGNV qui sert de carburant. Nous avons la volonté de développer de nouvelles formes de valorisation. Nous sommes notamment partenaires de programmes de recherche avec l’Inra. Actuellement, des essais sont menés avec des cultures intermédiaires à vocation énergétique qui sont destinées à être méthanisés, comme le sorgho, le maïs à indice court, le ray-grass, le seigle... Nous avons beaucoup d’espoirs sur ces gisements.

À la rentrée 2019, un certificat de spécialisation responsable d’unité de méthanisation agricole sera proposé par l’enseigne- ment agricole. On comprend que la formation est un enjeu important pour la filière.

F. C. : Pour se lancer dans un projet d’unité de méthanisation, c’est compliqué du point de vue technique et réglementaire. Plein de choses sont en jeu : la sécurité, la qualité, la traçabilité... Le risque est aussi lié à l’investissement que cela représente pour un agriculteur ou pour un collectif d’agriculteurs. Nous conseillons donc à ceux qui veulent se lancer dans de tels projets de prendre le temps de visiter des unités de méthanisation et de se former. Me concernant, j’ai commencé à être méthaniseur en 2002. Je me suis formé sur le terrain et j’ai essuyé les plâtres. Aujourd’hui, des établissements agricoles1 peuvent offrir aux candidats des formations certifiantes.

(1) EPL Agro de la Meuse, EPLEFPA du Périgord, Ireo des Herbiers, CFPPA Le Gros chêne, CFPPA de Laval et Campus Agronova. En partenariat avec l’AAMF, trois parcours de formation (dont certains n’ouvriront qu’à la rentrée 2020) sont proposés: CS Ruma, BPREA support polyculture élevage et méthanisation (en projet) et le module BPREA méthanisation : les clés pour décider.

C.Even,TV n°2916