DE LA DÉFENSE DES AGRICULTEURS À CELLE DE LA FILIÈRE 
FRUITS ET LEGUMES

Emmanuel Demange a servi le syndicalisme agricole pendant vingt ans. « Pourtant, pendant mes études, je me disais :′′Le syndicalisme, jamais !′′ », se souvient-il. Retour sur un parcours inattendu mais passionnant.

Après son bac, et un passage éclair en fac de médecine, Emmanuel Demange décide de suivre des études d’horticulture. « Je voulais avoir les mains dans la terre », raconte-t-il. Et pourtant, c’est dans les bureaux parisiens qu’il s’épanouit depuis plus de vingt ans. À la fin de sa formation, il effectue un stage chez Générale sucrière, où il découvre la gestion de crises. « Ma mission était d’envisager des scenarii de mise en danger de l’entreprise et de prévoir les plans d’action à mettre en œuvre pour sortir de ces crises », explique-t-il. À l’issue de ce stage, il est embauché par la Fédération nationale des producteurs de pommes de terre industrielles, qui cherchait justement quelqu’un pour élaborer un plan de gestion de prévention des situations de crises, au cas où la pomme de terre serait touchée par une maladie. « Moi qui ne voulais pas entrer dans le syndicalisme, j’ai accepté ce poste après quelques hésitations, et je me suis finalement aperçu que l’image que j’en avais – des actions violentes, du gaspillage alimentaire pendant les manifestations – était fausse ! »

La « famille » du syndicalisme

Grâce à cette expérience, Emmanuel Demange revient sur ses a priori et décide de postuler au Cercle national des jeunes agriculteurs (CNJA, devenu JA depuis), où il sera chargé de mission pendant presque quatre ans. « Quand je suis arrivé, mon directeur m’a dit : “Le syndicalisme, c’est comme une grande famille, tout le monde se tutoie !” ». Il découvre en effet les liens particuliers qui unissent professionnels agricoles et administratifs. Tous travaillent main dans la main au service des agriculteurs. « Je me suis pris au jeu du syndicalisme, se remémore-t-il. Parce que j’y ai effectivement découvert une famille, des gens engagés qui savent vraiment pourquoi ils sont là, et parce que je me suis aperçu au CNJA qu’on pouvait faire beaucoup pour aider les agriculteurs. »

Dans les couloirs des ministères

L’énergie qu’il déploie au CNJA attire l’attention de la FNSEA qui lui propose en 2002 de devenir chargé de mission, puis chargé de communication. « C’est là que j’ai passé un cap et découvert à quel point ce métier pouvait être gratifiant. On entre dans les ministères, on rencontre les directeurs de cabinet, on discute avec eux des enjeux agricoles... On est là où les décisions se prennent, et on s’aperçoit qu’on peut proposer des choses qui vont se retrouver ensuite dans les textes de loi ! ». En 2007, Jean-Michel Lemétayer, alors président de la FNSEA, lui fait savoir que le poste de directeur de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) est à pourvoir. « Tu n’as pas postulé, je crois ? Pourquoi ? », lui demande-t-il. « Je n’osais pas vraiment prétendre à ce poste, et la bienveillance que m’a manifestée M. Lemetayer m’a donné confiance en moi », raconte-t-il, ému.

Cap sur
la filière fruit


Emmanuel Demange devient alors directeur de la FNPF. Un poste qu’il occupera pendant huit ans. Il poursuivra ses actions de lobbying auprès des pouvoirs publics, au service des producteurs de fruits, et managera une équipe de cinq personnes. « Depuis, les personnes qui sont passées à la FNPF ont pour beaucoup obtenu des postes à responsabilité », se félicite leur ancien directeur. En 2016, après vingt ans au service des seuls agriculteurs, il décide de s’intéresser à la filière fruits et légumes dans son ensemble au sein d’Interfel. Il y retrouve Bruno Dupont, président de l’interprofession, qui avait été président de la FNPF par le passé. Aujourd’hui, il se sent à sa place et voit son arrivée chez Interfel (l’interprofession des fruits et légumes frais) comme une nouvelle étape s’inscrivant dans l’ordre logique des choses. « En réalité, je n’ai jamais vraiment établi de plan de carrière. J’ai fait des rencontres qui m’ont ouvert des portes et qui m’ont donné confiance en mon potentiel. J’ai également appris que l’on ne remplace jamais quelqu’un ; on lui succède et on essaie de faire au mieux, avec sa sensibilité et ses valeurs. » Une philosophie qui l’a aidé Emmanuel à s’épanouir tout au long de son parcours. Il ignore d’ailleurs de quoi sera fait son avenir, mais il laisse la place aux surprises. Jusqu’à présent, elles ont toujours été bonnes...

Crédit photo : Lisssbetha-Fotolia

BÉRENGÈRE BOSI, TV n° 2902