COMPÉTENCES, DIPLÔMES, QUALITÉS : QUE RECHERCHENT LES RECRUTEURS ?

Compétences recherchées, niveaux de diplômes requis, qualités relationnelles et savoir-être... Des employeurs des secteurs de l’agrofourniture, de l’expérimentation et des productions animales nous expliquent leurs attentes en matière de candidatures. Ils nous proposent également leur regard sur l’évolution
de leur métier.

Témoignage

« LES MÉTIERS DE L’AGROFOURNITURE
NÉCESSITERONT TOUJOURS DES BASES TECHNIQUES SOLIDES »

Bernard Perret, P-DG du groupe Perret

Le groupe Perret est une entreprise de négoce agricole spécialisée dans le conseil, la préconisation et la distribution de produits
de protection des plantes pour les professionnels, d’engrais,
de semences et autres agrofournitures. Implanté dans le Sud-Est, le groupe compte aujourd’hui près de 340 salariés, dont 90 conseillers agronomiques préconisateurs. Son P-DG, Bernard Perret, nous dévoile sa vision du métier et ses préoccupations.

« Le métier de la distribution agricole n’a plus rien à voir avec
ce que j’ai pu connaître à mes débuts, il y a plus de trente ans.
À l’époque, nous étions surtout des ‘‘ouvreurs de portes’’ pour permettre aux firmes phytosanitaires de rentrer chez les agriculteurs pour vendre leurs produits. Puis, les firmes ont délaissé petit à petit cet aspect de la vente et du conseil. Notre métier a alors évolué vers plus d’agronomie et d’accompagnement. Aujourd’hui, un conseiller agronomique préconisateur (CAP) n’est plus un ‘‘simple’’ commercial. La vente est désormais une finalité du conseil. Son rôle est avant tout d’accompagner les agriculteurs pour les aider à produire plus et mieux tout en respectant la réglementation. C’est pourquoi nous recherchons avant tout des collaborateurs ayant de solides connaissances en agronomie. Nous insistons sur cet aspect car le métier de CAP est souvent trop réduit, dans l’imaginaire des gens, à l’aspect commercial.

Sur les postes de CAP,
nous recevons surtout des
candidatures de jeunes
sortants de l’école. Ils sont
souvent plus mobiles que
les personnes évoluant déjà
dans le métier et qui sont
attachées à leur clientèle.
Nous leur offrons aussi une
perspective d’évolution à
plus ou moins long terme
avec la possibilité d’obtenir
de plus amples responsabilités en intégrant des comités d’experts sur une culture ou une problématique particulière, ou des postes de responsables de dépôt. Nous sommes également attentifs à la formation continue pour les faire gagner en compétences.
Bien évidemment, nous avons des inquiétudes quant à l’avenir de nos entreprises avec la séparation de la vente et du conseil pour les phytosanitaires. Malgré tout, les phytosanitaires ne représentent pas l’essentiel de notre activité. Pour la fertilisation, les semences ou encore le palissage, sans oublier les produits de biocontrôle, les agriculteurs auront toujours besoin de conseil et c’est pour cela que nous continuerons à recruter des gens formés et compétents. »

Témoignages

« LES MÉTIERS DE L’EXPÉRIMENTATION VÉGÉTALE REQUIÈRENT CERTAINS SAVOIR-ÊTRE ET UN REGARD TOURNÉ VERS LE FUTUR »

Christian Block, DRH du Ctifl

Les missions du Ctifl, centre technique interprofessionnel des fruits et légumes, touchent un large éventail d’actions menées au service des acteurs de la filière : améliorer les techniques et développer l’innovation, assurer le transfert technologique vers les opérateurs professionnels, soutenir l’efficience des entreprises par un appui de formations
et de services adaptés ou encore travailler plus sur l’aval avec
des études et analyses filière et marchés. Parmi ces missions, l’expérimentation reste au cœur de l’activité. Christian Block, directeur des ressources humaines, nous explique les profils et les compétences recherchés. « Nous employons 280 salariés, répartis sur nos quatre centres d’expérimentation : Carquefou, Lanxade, Balandran et Saint-Rémy-de-Provence, deux antennes (Rungis et Nancy) et notre siège parisien. Ce chiffre englobe également la main-d’œuvre saisonnière, composante importante dans l’activité de nos centres opérationnels, dont les travaux s’appuient sur du matériel végétal, fruits et légumes, produit in situ. Du fait
du départ en retraite des générations du baby-boom, les postes d’ingénieur expérimentation et de technicien expérimentation ont représenté une grande part de nos recrutements ces dernières années. Si le BTSA, le DUT ou la licence pro sont essentiellement recherchés pour les postes de technicien, les profils agri/agro sont naturellement privilégiés, pour les postes d’ingénieur, d’autant que l’offre de qualification reste importante sur le territoire.
Nous recrutons également, à part presque égale, des masters universitaires avec spécialisations bio/productions végétales. Si les enseignements se rejoignent sur le fond, nous pouvons cependant constater que le cursus ingénieur présente souvent un parcours plus complet au niveau des stages et des semestres réalisés dans des établissements étrangers. Cela peut, sur certains postes, conférer un avantage supplémentaire d’employabilité.

Les jeunes diplômés ont toute leur place au Ctifl, et il faut d’ailleurs souligner que nous accueillons chaque année de 6 à 8 étudiants en apprentissage ou professionnalisation ainsi que plusieurs thésards. Outre de bonnes connaissances techniques, la rigueur scientifique reste primordiale sur ces postes. Nous souhaitons intégrer des candidats capables d’utiliser la dynamique d’équipe, mais aussi de faire preuve d’une certaine autonomie dans la conduite de leurs travaux. Nous sommes attentifs à leur maîtrise des outils tels

que l’informatique, les statistiques mais aussi à leurs capacités rédactionnelle et relationnelle, car les ingénieurs Ctifl sont amenés à être des communicants, au travers de comptes rendus et publications mais aussi dans le cadre de leurs relations avec une multitude d’acteurs extérieurs, à commencer par les professionnels de notre filière. Globalement, ces postes attirent les candidats et on compte en moyenne une trentaine de candidatures de qualité par offre. Certains postes requérant des compétences très spécifiques pour des programmes d’expérimentation ou une expérience accomplie sont en revanche plus difficiles à trouver.
Le monde agricole étant lui aussi en constante évolution, le
secteur des fruits et légumes n’y fait pas exception. Nous parlons désormais de plus en plus de robotique, de mécatronique, de drones, de traitement de l’image et du signal... Nous sommes déjà amenés à recruter des profils ayant des connaissances solides dans ces domaines. Pour ceux qui auront en plus des compétences dans le domaine agricole, il y aura de réelles opportunités de carrière. Au-delà des connaissances techniques, les métiers de l’expérimentation végétale requièrent donc certains savoir-être, mais aussi un regard tourné vers le futur. »

 

« LES JEUNES FORMÉS MANQUENT PARFOIS D’OUVERTURE D’ESPRIT »

Bertrand Tavernier, responsable technique à la Ferme de Bissy

La Ferme de Bissy dans les Yvelines possède un cheptel de
400 vaches laitières de race prim’holstein et produit chaque
année plus de quatre millions de litres de lait. Implantée en
zone périurbaine, l’exploitation a mis en place un système de management environnemental performant et fut ainsi l’un des premiers élevages français à être certifié ISO 14001. Elle emploie une dizaine de salariés et entend offrir à ses collaborateurs des conditions de travail optimales. Malgré cela, l’exploitation peine à attirer de nouveaux talents comme nous l’explique son responsable Bertrand Tavernier nous en dit plus sur le sujet.

« Il devient de plus en plus difficile de recruter dans notre secteur. Aujourd’hui, je n’arrive pas à trouver de responsable d’élevage. Ce n’est pas faute de recevoir des candidatures de jeunes motivés qui se disent à l’aise avec le soin des animaux. Mais quand nous creusons un peu, nous constatons rapidement qu’ils ne savent pas faire des inséminations, des échographies... Les jeunes qui sortent de formation ne sont pas assez opérationnels. Il faut dire que le système de formation n’a pas évolué aussi rapidement que la réalité du métier, et que les jeunes diplômés possèdent encore une vision très franco-française de l’élevage.

De plus, force est de constater que les jeunes sont souvent très peu mobiles et rares sont ceux qui acceptent de venir travailler à plus de 20 km de chez leurs parents ! De ce fait, je leur conseillerai de bouger de chez eux et d’oser aller à la découverte d’exploitations moins typiques de la Ferme France a n d’ouvrir leur esprit. La problématique est la même pour des postes à moindre responsabilité comme pour les vachers. »

Tribune Verte, n°2896