AGROECOLOGIE : L’ENSEIGNEMENT AGRICOLE S’INVESTIT

En tant que partenaire essentiel dans la formation des agriculteurs, l’enseignement agricole s’est pleinement investi dans la mise en place de l’agroécologie, tant dans ses exploitations que dans ses cursus pédagogiques. Quelques exemples concrets en région Centre - Val de Loire, aux lycées agricoles de Bourges et de Vendôme.

L’agroécologie, il y a ceux qui en parlent et ceux qui s’y sont penchés sérieusement. « Enseigner à produire autrement », voilà un objectif fort que l’enseignement agricole, deuxième réseau éducatif français, s’est fixé depuis plus de dix ans. Une ambition renforcée par l’inscription dans la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt d’octobre 2014 du concept de l’agroécologie. Sur le terrain, les différents acteurs se sont donc investis de cette mutation à opérer, en mobilisant notamment les exploitations agricoles.

Un projet d’exploitation support de la pédagogie

Au LEGTA de Bourges-Le Subdray, ce projet de prise en compte de l’agroécologie a nécessité plusieurs années de travail, « au moins deux ans de réflexion, et une année de mise en œuvre du plan d’investissement », précise Christophe Auboueix, directeur de l’établissement. « Nous avons d’abord travaillé sur un projet d’exploitation comme support de la pédagogie. D’une exploitation à dominante céréalière, nous avons évolué vers un système plus diversifié en cultures (une dizaine aujourd’hui contre trois à quatre il y a quelques années), incluant l’introduction de productions animales. Puis, notre modèle s’est orienté vers les techniques de travail du sol simplifiées et vers l’agriculture de conservation, avec l’introduction de couverts végétaux. Par ailleurs, nous avons mis en place un essai d’agroforesterie sur 10 ha avec l’Inra et nous sommes membre d’un GIEE ‘‘Semons le vivant’’ accès sur l’agriculture de conservation. » Le responsable insiste sur la notion de partenariats pour engager l’en- semble de ces mesures : « Ces changements ne sont pas si simples à opérer, il est important de travailler avec des partenaires, car nous avons besoin d’un appui technique important. » L’exploitation sert ainsi de support à la pédagogie. « L’ensemble de ces évolutions ne doit pas être seulement enseigné dans une salle de classe, la mise en pratique est indispensable. »

Zéro glyphosate depuis 2014

Plus au Nord de la région, dans le Loir-et-Cher, Nicolas Gandon, responsable de l’exploitation du lycée agricole de Vendôme, dresse une liste à la Prévert de tout ce qui a été entrepris sur la ferme depuis quelques années. Avec en une, l’arrêt du glyphosate depuis 2014, qui a nécessité d’allonger les rotations, d’introduire des cultures fourragères valorisées par l’atelier bovin lait, le désherbage mécanique... Mais aussi la mise en place de bandes enherbées afin de favoriser la faune auxiliaire, la plantation de 500 mètres linéaires de haie, un méthaniseur (projet entrepris en 2008)... En conclusion : tout y est, ou presque.

« Mais ne croyez pas que ce soit si simple, l’exploitation doit rester rentable, c’est un objectif primordial. Il faut savoir se fixer des objectifs raisonnables, et une fois qu’ils sont atteints, nous passons à l’étape su vante. » Sébastien Felici, proviseur adjoint du lycée de Vendôme, explique également : « Nos exploitations sont en effet un formidable objet d’étude, avec des pratiques qui rentrent dans un processus pédagogique, mais nous imaginons aussi les choses dans un cadre plus large. Dans nos enseignements et la vie globale de l’établissement, l’idée est d’aller au-delà de l’agroécologie en tant que telle. C’est le développement durable dans son ensemble que nous appréhendons. L’exploitation est une ressource, mais nous envoyons également les étudiants ailleurs, sur d’autres unités de production, a n qu’ils aient des approches plus globales et qu’ils mesurent les contraintes qui pèsent sur les uns et les autres. La jeune génération prend conscience de la nécessité de faire évoluer les systèmes, nous ne faisons pas de prosélytisme, nous leur donnons les outils pour aiguiser leur réflexion. »

Source : Tribune Verte n°2892